Le bilan des réalisations de l’Initiative à la Province de Chefchaouen pendant la période 2005 – 2015 est globalement satisfaisant. Ainsi, près de 763 intervention (688 projets et 75 actions) ont été programmés dont 74% sont opérationnels, achevés ou en voie d’achèvement. Les 518.699.383,37DH engagés ont entraîné, par un effet de levier de 54,78%, un montant supplémentaire de 284.630.941,45DH, alors que l’apport de l’INDH est de 234.068.441,92DH. Ces investissements ont été programmés au profit de 891.638 personnes, dont 35,46% sont des femmes.

L’INDH s’est caractérisée par la participation d’un éventail d’acteurs publics, privés et de la société civile, qui a contribué à l’instauration de nouveaux modèles de collaboration et de partenariat publico-privé et qui cherchent une mobilisation communautaire pour assurer la conduite des initiatives de développement réalisées au niveau territorial. L’apport des acteurs étatiques (Services déconcentrés d’Etat, APDN, ADS, etc.) était très important et représentait le 37,39% de l’investissement global, suivi par l’apport des collectivités territoriales qui représente le 9,30%, le conseil provincial vient en troisième position avec 3,91%, la société civile (associations / coopératives) a apporté un 2,04%, l’apport du conseil régional est de 1,54%, alors que l’apport du secteur privé ne représente que le 0,05%. L’INDH à la province de Chefchaouen a eu aussi des complémentarités avec des projets réalisés par la coopération internationale, ce qui représente le 0,30% de l’investissement global de l’initiative.

Le montant d’investissement des réalisations par zone prioritaire s’est avéré non concordant par rapport au critère de pauvreté, les dotations de l’INDH par habitant ciblé, au lieu de suivre une courbe ascendante en fonction du taux de pauvreté communale, sont plus élevées (entre 49 et 52 million de dirhams) dans les communes Amtar et Tamorot dont les taux de pauvreté sont respectivement 13,8% et 13,1%, et ne représentent qu’un montant de 13.077.731,64DH à la commune Dardara dont le taux de pauvreté  est de 21,1% selon la carte de pauvreté 2007.

De même, le ciblage au milieu urbain a concerné un seul quartier (D’har Ben Ayad), alors que les niveaux de vulnérabilité et de d’exclusion sociale sont visibles aussi dans d’autres quartiers de la ville. En réalité, la Commune de Chefchaouen a reçu la plus grande dotation budgétaire, dont le montant global s’élève à 74.516.478,54DH et avec la programmation de 128 interventions dans plusieurs quartiers de la ville comme (D’har Ben Ayad, Loubar, Ain Haouzi, Hay Kharazzin, Sebbanine, etc.).

Les dépenses par programme (précarité, rural et urbain) ont été médiocres, en représentant respectivement le 11,90%, le 11,61% et le 1,68% du montant global d’investissement, à clarifier que le programme urbain n’a pas été exécuté à la Province de Chefchaouen pendant la première phase. Cette situation de faibles dépenses dans ces programmes pourrait être imputable aux rigidités caractérisant les procédures d’allocations des ressources aux parties prenantes, d’une part, et à la faible capacité de ces derniers à concevoir et à réaliser des projets, d’autre part.

Par contre, l’investissement dans le cadre du programme transversal est d’ordre 29,06%. Or, ce programme, qui est censé, entre autres, renforcer la capacité des acteurs en charge du développement humain et favoriser l’insertion des populations pauvres, a finalement surtout été utilisé pour financer de grands projets d’infrastructure coûteux (écoles, centres de santé, voiries, etc.) et simplement 24,31% de financement des AGR.

Or, le programme de mise à niveau territorial (PMAT) a représenté le 45,36% du financement global, ce programme a été déployé au profit de 135.129 personnes, parmi eux 53.211 femmes, vivant dans des douars d’accès difficile, enclavés et dépourvues d’infrastructures et de services de base.

L’INDH a consacré une attention particulière aux secteurs de la santé et de l’éducation, sachant que ces deux principales dimensions du développement humain sont des facteurs clefs pour rompre les mécanismes de transmission intergénérationnelle de la pauvreté. Le 18,87%, de l’investissement global de l’INDH, a été consacré au secteur de l’éducation et le 7,72% au secteur de la santé.

Dans le domaine de l’éducation, plusieurs projets ont été consacrés à endiguer le phénomène de la déperdition scolaire. Alors que dans le domaine de la santé, l’accent a été mis sur l’amélioration de l’accès de la population à leurs droits sanitaires. A cet égard, il convient de noter que dans les domaines de l’éducation et de la santé, les effets ne se font sentir qu’à long terme, tant leurs déterminants sont nombreux. De plus, la pérennité des projets dans ces domaines ne relève pas du seul ressort de l’INDH, mais implique, les services étatiques et les autres acteurs publics et privés.

Les différents programmes de l’INDH ont aussi comme objectifs d’améliorer les conditions de vie des populations dans les zones enclavées, à travers un investissement de 50,74% programmés dans le domaine d’amélioration de l’accès aux équipements et services sociaux de base des populations cibles. Ce sont les programmes à fort impact, mais qui nécessitent de revoir leur approche participative pour une meilleure appropriation de ces projets de la part de la population cible et des collectivités territoriales.

Les interventions selon les programmes de l’INDH 2005 – 2015

Source : Province Chefchaouen, DAS 2015

Les domaines de l’animation socioculturelle et sportive, et l’appui aux centres d’accueil et de protection des populations en situation d’exclusion sociale ne représentent que 11,68% de l’investissement global de l’INDH.

Les activités génératrices de revenus (AGR) ne représentent que le 11,00% du nombre total des réalisations de l’INDH pendant cette période, valorisées à 7,71% du montant global d’investissement. Le secteur prédominant fût l’agriculture qui représente le 34,52% de l’investissement en AGR. Ces AGR offrent peu de diversité quant à la nature des projets et peu de visibilité quant à leur pérennité économique et ce, faute d’une intégration maîtrisée aux chaînes de valeurs, aux programmes sectoriels et communaux, ainsi que d’un accompagnement et d’un encadrement appropriés des associations et des coopératives qui les mettent en œuvre.

La mise en œuvre de l’INDH a nécessité l’articulation des organes de gouvernance à l’échelon provincial et communal et le renfoncement de leurs capacités d’ingénierie sociale. Leur montée en puissance, imputable à leur connaissance du terrain, au savoir-faire qu’ils ont développé et à leurs relations avec l’ensemble des acteurs locaux, a fait d’eux des acteurs incontournables du dispositif d’appui de l’INDH au niveau local, même s’ils souffrent d’un manque patent de ressources humaines expérimentées et d’une vrai participation effective basée sur le genre et l’implication des jeunes.