Contexte général de la province

Située au nord-ouest du pays sur la chaîne rifaine à 600m d’altitude, la province est une subdivision à dominante rurale de la Région Tanger – Tétouan – Al Hoceima (RTTH), elle comprend une commune urbaine (ou municipalité), et 27 communes rurales. Sa situation géographique lui confère une façade méditerranéenne et un arrière pays d’une richesse paysagère verdoyante et diversifiée : montagnes, sources d’eau, forêts et une faune spécifique.

La population de la province de Chefchaouen s’est établie, d’après les résultats RGPH 2014, à 456.701 habitants (236.036 hommes et 220.665 femmes), y est majoritairement rurale (87,47%) vivant sur une superficie totale de 3 443 km² avec une densité moyenne de 129 habitants par km².

Dans le secteur d’éducation, la province dispose d’une infrastructure éducative insuffisante, le taux de scolarisation des enfants entre 7 à 12 ans est très élevé -90,0% à raison de 90,4% masculin et 89,6% féminin- le décrochage scolaire à la province est alarment, surtout au moment de la passerelle entre l’enseignement primaire et secondaire, d’ailleurs pendant l’année 2012 – 2013, 35,03% des élèves ayant obtenu leur certificat de primaire ne sont pas inscrit au secondaire, parmi eux 47,26% sont des filles. Le taux d’analphabétisme de la population âgée de 10 ans et plus, au niveau de la province selon le RGPH 2014, est de 40,2% avec une disparité entre les sexes : 26,4% pour le sexe masculin et 55,0% pour celui féminin.

L’offre de formation professionnelle est aussi très réduit, avec un total de 7 centres publics et privés de formation d’une capacité totale de 1.165 places. Au titre de l’année 2012 – 2013, 627 jeunes ont été inscrits dans ces différents centres, dont 70 simplement sont du sexe féminin.

En ce qui concerne l’infrastructure sanitaire, selon les statistiques fournies par le Ministère de la Santé, la province dispose, d’un hôpital et 51 établissements de soins de santé de base (3 urbains et 48 ruraux) avec une capacité de 218 lits. La densité médicale est de l’ordre d’un médecin pour 5.855 habitants, très supérieure à la moyenne nationale (3.776 hab/médecin). L’analyse des ratios du nombre des centres de santé et du personnel médical par habitant montre les disparités de la disponibilité d’une couverture médicale de qualité.

Le réseau routier de la province est l’un des réseaux les plus denses à l’échelle régional, soit une densité routière sociale de 1,19 km pour 1000 habitants, et spatiale de 157,8 pour 1000 Km². La province de Chefchaouen compte avec 543,30 Km de route nationale et régionale, mais ce réseau est peu développé, en raison de l’état de son relief et la dispersion de sa population.

Pour répondre aux besoins croissants de la population en eau potable dans la province, des efforts ont été déployés pour desservir la population, et le nombre d’abonnés consommateurs a atteint 21.254 abonnés, avec une production annuelle de 4.282 de m3 d’eau potable en 2011. Néanmoins, dans les communes rurales, de nombreux douars et des zones isolées s’approvisionnent encore à partir de puits dans la nappe souterraine. Egalement, beaucoup d’efforts sont déployés ces dernières années dans le domaine d’électrification, ce qui a eu des retombées positives sur le taux d’électrification qui a franchi 90.6% des ménages.

Le taux de pauvreté dans la province se situe à 12.0% contre 10,08 % au niveau régional et 8,9% à l’échelle nationale, avec une baisse de (-24.9) par rapport au 2004. Par milieu de résidence, la pauvreté demeure beaucoup plus ancrée en milieu rural de la province (12.5) et (7.9) en milieu urbain.

En matière d’emploi, la population active est à majorité rurale, le taux d’activité s’est établi, en 2013, à 51,2% à raison de 51,9% au niveau rural et 47,2% au niveau urbain. Par contre, le chômage touche plus le milieu urbain avec un taux très élevé de 20,0%, alors que le taux de chômage rural est de 3,7%.

Secteurs porteurs

L’agriculture dans la province de Chefchaouen occupe une place importante dans l’économie locale. La superficie agricole totale s’estime à environ 25.284 ha dont 4.750 ha sont irrigués. La céréaliculture et l’arboriculture fruitière dominent les assolements pratiqués, soit respectivement 37% et 32% du total de la Superficie Agricole Utile (SAU). La province est aussi une zone à vocation d’élevage, l’effectif total en 2012, toutes espèces confondues, est de 587 milliers têtes et représente 26% de l’effectif total à l’échelle régional.

L’agriculture dans la Province de Chefchaouen constitue la principale ressource des habitants. Elle emploie 85 % de la population active. Cependant, sa rentabilité reste très limitée en raison des facteurs ci-après :

  • Les difficultés du relief.
  • Le morcellement excessif des exploitations agricoles.
  • La faible fertilité des terres en raison du lessivage continu occasionné par l’érosion du fait de la nature morphologique fragile du sol, du climat et de la topographie.
  • La faiblesse des superficies irriguées et irrigables.

Le domaine forestier s’étend sur 145.200 ha et se caractérise par la variété des essences qui la compose et dont les principales sont : le chêne-liège, le sapin, le cèdre et le pin maritime, en plus l’unique massif de sapins « Abies marocana » existant dans le continent africain est cantonné dans cette province. La forêt constitue une ressource économique importante pour la population rurale, et elle participe largement au développement économique et social par les recettes que occasionnent ces productions aux communes rurales qui se chiffrent en moyenne à 10.217.343 dh/an.

La Province de Chefchaouen bénéficie d’une longue côte méditerranéenne sur une longueur de plus de 120km allant de Kaa Asras ( C.R. Tizgane ) jusqu’à la C.R. de M’tioua à la frontière de la Province d’Al Hoceima, ce qui lui offre des potentialités pour le développement de la pêche maritime. Cette zone économique regroupe :

  • Un port à Jebha qui dispose d’une flottille de pêche composée de 8 senneurs (1 non actif ) et 4 palangriers.
  • Un Village de pêcheurs à Chmaala (VDP) inauguré en Août 2012 par Sa Majesté Le Roi Mohammed VI Que DIEU l’Assiste,
  • De trois Points de Débarquements Aménagés (PDA) à Amter, Targhaet et Kaa Asras.

L’activité de pêche artisanale est pratiquée par une flottille dispersée à travers 13 centres de pêche dont le port de Jebha, VDP de Chmaala et les PDA. Le nombre de canots dans les sites est de 469 barques dont 46 chebaks (3 inactifs) et 9 canots (inactifs). Toutefois, la faiblesse d’infrastructure portuaire de base et l’insuffisance des équipements de pêche ne permettent pas à l’heure actuelle de tirer profit des ressources halieutiques existantes. Aussi, les multiples sites de pêche de la province abritent une activité de pêche artisanale dense, animée par 469 barques impliquant environ mille marins tout au long de l’année.

Sur le plan touristique, la situation privilégiée de la province, son relief diversifié unissant plages, montagnes et forêts, ainsi que son climat et son enracinement dans l’histoire, sont autant d’atouts qui la prédisposent à occuper une place favorite en tant que destination touristique.

A Chefchaouen, les sites culturels sont nombreux dont ceux de Targha, Bou hamed (Stehat), Taghassa (Tigisas), Jebha: El Jabha, Gharuzim, etc., sans parler d’un patrimoine naturel important correspondant, entre autres, à:

  • la source de Ras El Maa (à 3 km de la ville de Chefchaouen);
  • l’ancienne médina avec la kasba;
  • les cascades et la mosquée de Cherafat;
  • la forêt de Talassemtane;
  • la grotte de Toughoubit.
  • Le site d’Akchour (commune de Talambot )

Les caractéristiques naturelles, historiques et humaines de la province ont permis à cette population de préserver un certain nombre de spécificités culturelles et des traditions patrimoniales, vestimentaires et festivalières riches et variées.

Ainsi, l’état actuel de l’offre touristique de Chefchaouen concerne deux composantes essentielles. D’une part, les services d’hébergement et de restauration et d’autre part, les activités touristiques pratiquées en relation avec les principaux circuits touristiques existants et la promotion des produits de terroir, notamment les produits agroalimentaires et les produits artisanaux.

Les produits de l’artisanat (la poterie, la menuiserie, la forge traditionnelle, la peinture sur bois et sur tissu, le tissage, la bijouterie, la confection traditionnelle et le produit cuir) constituent en permanence un grand pourvoyeur d’emplois dans la mesure où ce secteur occupe des effectifs importants d’artisans, de maîtres artisans et d’apprentis, en plus des saisonniers, de ceux qui exercent leurs activités à domicile et des commerçants.

Le secteur du commerce et de l’industrie reste encore au stade embryonnaire et se limite à quelques unités commerciales de vente des produits alimentaires, des matériaux de construction, des articles vestimentaires et ménagers ainsi que les articles de décoration produits localement. Il faut dire aussi que le commerce informel domine une large partie de l’activité au niveau de la zone. L’industrie se limite à quelques unités artisanales detransformation. Toutefois, le potentiel existant en termes de ressources forestières, agricoles et minérales peut constituer dans le futur proche une opportunité importante pour le développement d’une industrie locale.

La Province de Chefchaouen est marqué par ses atouts socioéconomiques de diversification de ses potentialités humaines, naturelles et culturelles, grâce à sa position géographique spécifique, son environnement, sa riche histoire, ses reliefs difficiles, son climat, ses atouts naturels comme le Parc National de Talassemtane et le Parc Naturel de Bouhachem et sa position centrale dans la Réserve de Biosphère Intercontinentale de la Méditerranée (RBIM).

La Province appartient à une région montagneuse et rurale, où la diversité des populations entraine une diversité de coutumes, de savoir faire et de patrimoines. Dans ce sens, la reconnaissance par UNESCO de la Ville de Chefchaouen comme communauté emblématique de la «Diète Méditerranéenne» ou son positionnement en tant que «Eco-ville» offrent de grandes opportunités pour appuyer un développement soutenable de toute la province.

Analyse SWOT

En guise de conclusion, sont présentés, ci-après les résultats d’une analyse SWOT (Forces, Faiblesses, Opportunités, Menaces) des richesses, de la diversité du potentiel socioeconomique, culturel et naturel et des enjeux de développement durable de la Province de Chefchaouen.

Forces

  • Position géographique qui lui confère une façade méditerranéenne et un arrière pays d’une richesse paysagère verdoyante et diversifiée : montagnes, sources d’eau, forêts et une faune spécifique.
  • Richesse historique et culturelle due au passé proche et lointain de la province.
  • Reconnaissance par UNESCO de la Ville de Chefchaouen comme communauté emblématique de la «Diète Méditerranéenne» ou son positionnement en tant que «Eco-ville».
  • Présence d’une population jeune, dynamique, engagée et enthousiaste.
  • Province extrêmement riche en diversité naturelle avec des sites définis d’intérêt biologique et écologique, dont les parcs naturels de Talassemtane et Bouhachem, et sa position centrale dans la Réserve de Biosphère Intercontinentale de la Méditerranée (RBIM).
  • Existence d’un potentiel agricole important notamment la céréaliculture et l’arboriculture fruitière. Alors que l’élevage est essentiellement caprin.
  • La Province dispose d’un domaine forestier important qui s’étend sur 41% environ de sa superficie totale et constitue une ressource économique importante pour la population rurale, grâce à la variété des essences qui le composent et dont les principales sont: le chêne-liège, le sapin, le cèdre et le pin maritime, d’ailleurs l’unique massif de sapins «Abies pinsapo» existant dans le continent africain est cantonné dans cette province.
  • L’artisanat est l’un des principaux secteurs de l’activité économique et du développement social. De même, cet artisanat constitue un patrimoine culturel et artistique dont l’authenticité, la valeur et l’originalité sont préservées d’une génération à l’autre.
  • Richesse du tissu associatif local et d’ONG nationales et internationales, qui fait que la province bénéficie d’une capacité de participation et de développement local.
  • Présence d’une diversité d’acteurs de la coopération internationale sur le territoire, de diverses origines (Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, France, Italie, Japon, Union Européenne, agences du système de Nations unies, Coopération décentralisée et ONG internationales).
  • Existence de divers services déconcentrés de l’Etat (santé, éducation, culture, équipement, agriculture, artisanat, etc.);
  • Tradition de participation de la femme dans le développement.

Opportunités

  • Richesse de l’arrière-pays, peu exploité jusqu’à présent (négligence du patrimoine culturel, architecturel, culinaire et artistique des zones rurales).
  • Diversité du tissu associatifs (associations féminines, associations de développement, association de promotion des droits des personnes en situation d’handicap).
  • Intérêt croissant de la coopération internationale pour la province.
  • Renforcement de la démocratie locale grâce au nouveau découpage électoral.
  • Possibilité d’attirer le tourisme national et international, ainsi que la bonne image donnée au monde grâce à la reconnaissance par UNESCO de la Ville de Chefchaouen comme communauté emblématique de la «Diète Méditerranéenne» ou son positionnement en tant que «Eco-ville».
  • Fort engagement et volonté politique au niveau national et régional pour accélérer le développement de la province.
  • Possibilité de légalisation du cannabis à usage médical et industriel pour créer une économie licite d’exploitation de cette plante et de lutter contre le trafic international des drogues.

 Faiblisses

  • Jeunesse insuffisamment préparée pour répondre au défit du développement locale.
  • Taux d’analphabétisme très important notamment dans le milieu rural et pour la femme.
  • Faible coordination entre les acteurs de développement
  • Emplois de base et secteur informel largement féminisés et difficulté d’accès de la femme à des postes de responsabilités.
  • Province fortement touchée par la migration: point de transit, immigration.
  • Carence dans la couverture en services sociaux.
  • Importance du secteur informel.
  • Manque de compétences dévolues aux administrations décentralisées.
  • Faible participation citoyenne
  • L’existence de certaines formes de pollution, en plus de la faible adoption d’une stratégie intégrée de protection de l’environnement.
  • Manque de politiques sociales vis à vis des personnes dépendantes.
  • Insuffisance de compétences d’intervention chez les acteurs de développement.
  • Faible efficacité de certains élus locaux pour gérer les affaires publiques.
  • Existence de zones enclavées et non accessibles dans le rural.
  • Infrastructures routières faibles.
  • Manque d’infrastructures sociales pour la jeunesse.
  • Culture illégale de cannabis et trafic de drogues.
  • Le secteur industriel demeure très faible malgré les potentialités importantes qui se rapportent aux moyens humains disponibles ainsi qu’aux ressources naturelles qui peuvent être transformées dans plusieurs domaines tels ceux de la forêt, des plantations fruitières, de la production animale et des minéraux. Actuellement, la Province dispose seulement de quelques unités productives dans les domaines de la filature et de tissage, de l’huilerie moderne, de champignons, etc.

Menaces

  • Risques naturels importants (séismes, inondations, érosion…).
  • Dégradation de l’environnement (déforestation, incendies, pollutions…).
  • Extension des quartiers périphériques de manière anarchique.
  • Confusion dans les règles régissant la propriété des terrains (terrains collectifs).
  • Manque de mise en œuvre d’une vision stratégique provinciale intégrée.
  • Importance accrue de l’économie informelle.
  • Poches de pauvreté et forte exclusion sociale du développement.
  • Augmentation des migrations internes.